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L'humilité chez le prédicateur
Extrait du livre: "Le caractère moral du prédicateur", de Sheikh Salman al-'Awdah. Traduit par Al-Mourabitoune
Etre humble, c'est avoir conscience de sa propre valeur, se garder de la fierté de dédaigner la vérité et de sous-estimer les autres.
Ainsi en témoigne les paroles suivantes du Prophète : "Al-Kibr signifie rejeter la vérité et mépriser les autres." (rapporté par Mouslim, Tirmidhi et Abou Dawoud).
L'humilité est particulièrement importante pour celui qui occupe une place élevée et déterminante et qui craint d'acquérir une mauvaise réputation, ou de revêtir trop de grandeur parmi les gens. Comme l'ont dit certains: "Restez humbles, et vous serez comme une étoile scintillante à la surface de l'eau, même si l'étoile demeure élevée". On ne dit pas "restez humble" à une personne ordinaire, mais plutôt: "ayez conscience de votre dignité, et ne la placez pas au mauvais endroit!"
Al-Khattabi raconte dans Al-Ouzlah que l'Imam Abdoullah ibn al-Moubarak (rahimahullah) se rendit en Khorassan (Perse), afin de visiter une personne connue pour ses qualités de zouhd et wara' (ascétisme et rigueur dans la piété). Lorsqu'il entra dans le lieu où l'homme se trouvait, celui-ci ne se retourna même pas et ne lui accorda pas le moindre intérêt. Après le départ de Abdoullah ibn al-Moubarak, certains de ceux qui se trouvaient à l'intérieur avec cet homme lui dirent: "Ne sais-tu donc pas qui c'était?!" Il répondit: "Non" On lui dit alors: "C'est le Prince des Croyants... il s'agit de... de... de... Abdoullah ibn al-Moubarak." Alors cet homme, stupéfait, sortit et se précipita vers Ibn al-Moubarak, s'excusant et essayant de se rattraper pour ce qui s'était passé, en disant: "O Abou Abd al-Rahman! Pardonne-moi et conseille-moi!" Ibn al-Moubarak répondit: "D'accord...chaque fois que tu sors de chez toi et que tu rencontres quelqu'un, pars du principe que cette personne est meilleure que toi". Il savait alors que cet homme était vaniteux. Lorsque Ibn al-Moubarak s'informa de son occupation, il apprit que c'était un tisserand. (Voir les commentaires de adh-Dhahabi dans al-Mizaan à propos de Waasil bin Ata'a). C'est ainsi que cet homme de science remarqua que ce moutazahid (personne pieuse consacrée) possédait une sorte d'arrogance et de vanité, avec un sentiment de supériorité vis-à-vis des autres.
Ce mal envahit parfois les personnes pieuses; c'est pourquoi il prodigua des conseils qui ne demandaient pas d'effort de sa part.
Bien souvent nous trouvons ce trait chez certaines personnes pieuses, tout comme certains de ceux qui prêchent la religion. Mais lorsqu'il gagne les petits étudiants qui se montrent insolents avec leurs maîtres, leurs savants et leurs professeurs, cela nous fait vraiment de la peine! Il n'y a pas à blâmer celui qui diffère avec un savant ou un prédicateur dans l'opinion ou le jugement, tant qu'il a les qualifications requises. Le problème survient lorsque cette différence d'opinion devient l'élément qui détruit la dignité d'un savant, diminue sa valeur et entraîne mépris et manque de respect.
Cela passe encore de la part des gens du commun, ou bien des égarés qui introduisent des innovations dans la religion, mais on ne peut le tolérer sous aucun prétexte venant de Ahl-As Sounnah et des étudiants de 'Ilm al-Shariah. On attend très souvent des savants de Ahl as Sounnah wal Jamaa'ah, en particulier, qui appellent au bien et interdisent le mal, tout en honorant les personnes d'importance... S'ils sont déçus par les personnes qui leur sont le plus proches dans leur entourage, on n'attend pas pour autant la même réaction de leur part. Par conséquent, l'un d'entre eux est comme le chevalier plein de bravoure qui n'a que le soutien des femmes! Cela signifie que si les Ahl as-Sounnah protégeaient l'honneur de leurs savants, connaissaient leur valeur et les entouraient, on pourrait dire qu'ils aient accompli correctement leur devoir d'enjoindre le bien et d'interdire le mal. Mais lorsqu'un savant est déçu des personnes de son propre milieu, il ne peut rien dire. Il est bien triste, au contraire, que certains innovateurs soient allés jusqu'à attribuer à leurs sheikhs et à leurs maîtres une sorte d'auréole de sainteté et qu'ils les suivent aveuglément.
Il s'agit en réalité d'une sorte d'esclavage, où le disciple n'existe plus qu'à travers son maître. C'est par cette pratique que les Batiniyya se distinguent dans l'histoire, de telle sorte que leurs adeptes sont prédestinés à accorder un certain degré de al-'isma (qui veut dire être prémuni de l'erreur) à leurs dirigeants et leurs imams. Même les Mou'tazila, ceux qui s'adonnent au "rationalisme" et n'accordent presque aucune place aux émotions, n'en sont pas exempts... l'un de leurs poètes a dit, à propos du Sheikh Wasil bin Ata'a: "Il possède, au-delà de la Mer de Chine jusqu'à ses confins, et dans toutes les contrées au-delà des Barbares, des hommes (prédicateurs) dont le dirigeant n'est nullement affecté par l'ironie d'un tyran... ni par la ruse d'un traître. Ce sont les gens de la religion de Allah en tous lieux, les maîtres des fatawa et de la science de l'argumentation." Cependant, il sied encore plus aux gens de la Sounnah d'estimer et de respecter leurs savants. Il n'y a rien de bon dans une nation où les jeunes ne respectent pas leurs aînés et où les vieux ne sont pas tolérants envers leurs cadets. Si le jeune débutant ne devrait pas se considérer comme le rival de tel ou tel savant, en disant: "Nous sommes des hommes tout comme eux", cela est dû à son humilité et parce qu'il connaît sa valeur. En fait, "être homme" n'a pas toujours la même signification. Pour le dire autrement, la description de ce qu'est la masculinité dans le Saint Coran a été traitée comme une forme de glorification dans de nombreux passages:
... On y trouve des hommes qui aiment bien se purifier, et Allah aime ceux qui se purifient[Sourate At-Tawbah 9:108]
Dans des maisons [des mosquées] qu'Allah a permis que l'on élève, et où Son Nom est invoqué; Le glorifient en elles matin et après- midi, des hommes que ni le négoce, ni le troc ne distraient de l'invocation d'Allah, de l'accomplissement de la Salat et de l'acquittement de la Zakat, et qui redoutent un Jour où les c½urs seront bouleversés ainsi que les regards[Sourate An-Nur 24:108]
D'autre part, "être homme" désigne aussi uniquement la masculinité dans d'autres exemples:
Or, il y avait parmi les humains, des mâles qui cherchaient protection auprès des mâles parmi les djinns... [Sourate Al-Jinn 72:6]
Par conséquent, les hommes ne sont pas tous les mêmes.


